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« Croire en ses rêves » – Épisode 6 – Thomas HAMMOUDI

Bonjour à tous,

Pour ce nouvel épisode de la série « Croire en ses rêves », j’ai interviewé Thomas HAMMOUDI, dont les articles m’intéressent toujours au plus haut point. Je lui laisse donc la parole.

Bonjour Thomas, peux-tu te présenter en quelques lignes, et expliquer comment tu es venu à la photo ?

Tu as déjà mis mon nom et mon prénom dans le titre de ton article, donc on va dire pour l’aspect administratif, c’est réglé. Sinon, je suis un photographe Rouennais de 28 ans, et je tiens un blog pour accompagner ma pratique.

J’ai commencé la photographie, il y a une dizaine d’années en arrivant à la fac. J’ai gentiment taxé le vieux reflex de mon père, un lugubre Nikon F401 que j’utilisais avec les pieds. Le fait est, que je faisais de la musique en même temps (guitare & basse), et que les deux passions n’étaient pas compatibles avec un budget étudiant. J’ai donc privilégié la musique pendant quelques années, principalement pour l’aspect social.
Je me suis remis à la photo sérieusement en 2013, quand j’ai commencé à rentrer dans la vie active. J’avais beaucoup moins de temps pour organiser des répétitions, gérer un groupe, etc. (je sais pas pourquoi, ça tombait toujours sur moi ce genre de trucs !). La photo, c’était une façon de continuer à avoir une pratique artistique, tout en étant totalement autonome, de revenir à des choses plus personnelles.

Je t’ai rencontré (virtuellement pour l’instant) via ton blog, très particulier. Peux-tu décrire la démarche que tu développes dans celui-ci ?

Haha, “virtuellement”, pourtant j’existe bien en vrai, fait de chair et d’os, à l’ancienne. Alors, non, ce n’est pas un Blog particulier, mais disons que c’est un format plutôt rare dans la blogosphère française consacrée à la photographie.

En fait, il est tout simple, c’est le sens original du terme : Blog = web-log. Un journal en ligne. Donc, point question ici de test de matériels, de conseils pour la montée ISO, ou du meilleur objectif pour le portrait (j’en ai clairement rien à carrer), c’est en ça qu’il se différencie. C’est un carnet de bord, j’y raconte mes lectures, pensées sur la photo, coups de gueule, etc.
Le constat est tout bête : ma tête est trop petite pour retenir tout ce que je lis, donc il faut bien que je couche ça quelque part pour ne pas perdre l’information (et tout ce boulot de lecture !). Le contenu a tendance à se densifier/complexifier avec le temps, mais on pourrait résumer la ligne que j’y défends comme suit : Si tu n’as rien à dire, peu importe comment tu le dis.

Donc exit le matériel, les questions sur le “comment”, on s’y concentre plutôt sur le pourquoi, les projets, l’édition, la culture, et ainsi de suite. Enfin, le mieux pour se faire une idée, c’est encore de le lire 🙂

Ma série d’interviews est axée sur la réalisation des rêves, en rapport avec la photo. Tu m’as dit en avoir un en particulier, lié à un projet éditorial ? Peux-tu nous expliquer ça ?

Hum, alors c’est plus un rêve qu’un véritable projet. Enfin, disons, le souhait d’un aboutissement. En fait, quand on réfléchit à la photographie, la plupart des photographes ne sont connus que pour une ou deux images marquantes qui restent dans l’imaginaire populaire.

Sans vous en montrer aucune, si je vous parle de la jeune fille qui met des fleurs dans un fusil pendant la manifestation anti guerre du Vietnam de Marc Riboud, du gamin à la bouteille de vin d’Henri Cartier-Bresson, ou du baiser de l’Hôtel de ville de Doisneau, ça vous évoque forcément quelque-chose.

Donc, le rêve absolu, c’est de caler une photographie parmi celles-ci. Mais j’ai le temps, j’ai 28 ans, donc probablement encore 50 ans pour réussir le coup.

Plus concrètement (parce que l’imaginaire collectif ne se pèse pas à la caisse d’une librairie), je rêve d’être édité un jour par Steidl. Pour le moment, je n’ai pas de projet que j’oserais leur présenter, pas encore, ça viendra peut-être.

Mais j’adore leur philosophie, Gerhard Steidl tient la maison d’édition portant son nom. J’ai découvert sa façon de travailler dans ce livre : Jaeger., Berton, G. & Borraz, H. (2008). La photographie contemporaine par ceux qui la font. Paris: Thames & Hudson.

En gros, il y explique que la partie livre photo est une vitrine pour le reste de la compagnie, qui travaille sur l’édition papier haut de gamme en général (faire parts, etc.). Quand Gerhard choisi d’éditer un projet, la personne est accueillie dans les locaux de Göttingen en Allemagne, loge sur place et choisit absolument tout (papier, mise en page, etc.).

J’ai discuté un peu avec Tom Wood lors d’une exposition cette année, il m’a raconté que lorsque Steidl a édité son livre, il a eu une chambre qui était occupée la semaine précédente par… Robert Frank. C’est pas rien 🙂

Ensuite, Steidl se débrouille pour éditer le projet, à un coût accessible. C’est vraiment le summum de l’édition d’avoir un livre chez eux, à titre informatif, c’est eux qui ont réédité le fac-similé des images à la sauvette d’Henri Cartier-Bresson. J’ai envie de dire : ça va ! 🙂

Si tu devais convaincre cet éditeur et que l’on te donne l’occasion de lui montrer 3 photos et un texte de 30 mots maximum ? A toi de jouer…

Je pense qu’il doit être compliqué de convaincre quelqu’un avec le bagage de Steidl avec si peu, mais si je tentais ma chance, je le ferais avec ces quelques images d’InColors, ma dernière série. Je ne sais pas si c’est la meilleure, ou si “meilleure” ça a un sens d’ailleurs, mais c’est celle que je préfère en ce moment, so, here we go.

Cela ressemblerait à ça :

© Thomas Hammoudi

« L’art est toujours plus abstrait que nous ne l’imaginons. La forme et la couleur nous parlent de forme et de couleur, et tout s’arrête là. » (Oscar Wilde)

En quoi ton blog peut-il t’aider dans ce projet ? Comment interagissent ces deux volets de ton activité ?

S’il le peut, c’est dans la façon qu’il a de m’obliger à écrire, de construire une réflexion et une démarche, et de ne rien perdre de ce que j’apprends.

Mais dans l’absolu, ce sont deux choses assez déconnectées. Je suis quelqu’un de passionné par la photographie (quelle surprise !) et aussi photographe. L’un s’exprime par le texte, l’autre par mes images.

Le Blog est plus un complément, je pourrais l’arrêter demain, où continuer sur mon PC en local, dans un cahier loin d’Internet, ça ne changerait pas grand chose, alors qu’arrêter de créer… Aïe aïe aïe.

Ma pratique nourrit le Blog, j’y partage mes expériences, idées, concepts, pratiques, etc., notamment via les Making-of que j’ai mis en place il y a peu. Cela marche sans doute un peu dans le sens inverse, dans le sens où ça m’aide à structurer ma pensée, et à la consolider.

La photographie fait-elle de moi un meilleur blogueur, ou le Blog fait-il de moi un meilleur photographe ? Je n’y avais jamais trop réfléchi avant que tu poses la question ! On va donner une réponse de chez moi : oui et non 🙂

© Thomas Hammoudi – Septembre 2017

Blog : thomashammoudi.com/blog
Incolors (en entier) : thomashammoudi.com/incolors
Page FB : facebook.com/thomas.hmd.photo
Twitter : @Thomas_HMD
Instagram : @thomas_hmd
Flickr : flickr.com/photos/thomas_hmd/

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