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Denis DRUMMOND, « La Vie silencieuse de la guerre » (ROMAN)

Bonjour,

Au détour des rayons d’un bouquiniste à Bruxelles, fin décembre, je vois un livre qui semblait mal classé. En effet, affichant en jaquette une photo célèbre de Steve McCurry (des puits de pétrole en feu pendant la guerre du Golf), il semblait à première vue s’agir d’un ouvrage sur le photojournalisme.

En fait non, pas du tout. Le livre était bien classé, et il s’agit bien d’un roman. Mais le sujet en est la photographie, ou du moins est en rapport avec la photo, et j’en parle donc sur ce blog pour cette raison.

En voici tout d’abord le texte de présentation de la 4ème de couverture :

Jeanne,
Je pars demain pour Damas. Voilà tant d’années que je ne suis pas allé voir la guerre pour montrer son visage. Et j’ai peur, de nouveau, depuis ce que j’ai vu au Rwanda, peur de ne pas réussir à capter son regard, peur de ne faire que des instantanés qui ne montrent pas la guerre et ne représentent que ses fruits. Alors, tout en livrant aux agences ces clichés mineurs qui feraient les unes de la presse, j’ai prolongé une œuvre, restée secrète, constituée de quatre négatifs. Ce que cette œuvre donne à voir et que tu seras la première à découvrir ne se réduit à rien. Elle ouvre une dimension vertigineuse sur notre nature humaine.
Je te confie ce travail et te demande de le présenter à Gilles Lespale. Il tient une galerie sur les quais de Seine. Va le voir. Dans chacune des enveloppes, tu trouveras un négatif, le journal que j’ai tenu durant cette période, ainsi que des notes. Je n’ai réalisé aucun tirage papier de ces négatifs. Tu es seule détentrice des images. Mais s’agit-il encore d’images ?
Pardon d’ajouter du mystère à ta peine.
Et lorsque tu liras cela, sache que je serai à tes côtés.
Enguerrand
Rwanda, Bosnie, Afghanistan, Irak.
Une quête, une enquête.
Quatre carnets de guerre, quatre négatifs.
Quatre jours, un huis clos.
Une œuvre hors du commun, à la frontière de l’horreur et de la beauté.

Mon avis :

C’est une lecture intrigante et agréable.
Agréable car le style est vraiment poétique, et fluide. Cela se lit tout seul, avec quelques très belles formulations au détour des chapitres.

Intrigante car on passe sans cesse d’une dimension à l’autre :

. Un premier angle est donné par les deux personnages « actuels » : Jeanne, ancienne compagne du photographe disparu, à qui la mère de ce dernier offre un paquet contenant cette fameuse lettre, des photos inédites, et des carnets, et Gilles, le galeriste avec qui elle va découvrir le contenu des carnets et les photographies « mystère ».

. Un second angle est donné par le récit du photographe lui-même, dans les carnets qu’il a remplis sur les quatre terrains de guerre (Rwanda, Bosnie, Afghanistan, Irak) dont il livre ainsi à la fois l’horreur mais, d’un certain côté, la Vie.

. Un troisième angle, plus mystérieux selon moi, est constitué des photographies elles-mêmes, celles que vont découvrir Jeanne et le galeriste. Leur description est en effet un peu étrange, et l’on comprend parfois mal (du moins ce fut mon cas) ce qui a pu pousser le photographe à imaginer de tels clichés dans le contexte où ils étaient pris.

. Un dernier angle est celui des lettres envoyées par le photographe à sa compagne, à l’époque de leur relation, et alors qu’il était sur les terrains de guerre, et elle, travaillant pour la Croix Rouge, parfois sur d’autres lieux tout aussi dramatiques.

C’est un roman, pas un road-book ni un récit. Même si le personnage d’Enguerrand pourrait sans doute se glisser dans la peau de tous les photographes de guerre de la planète.
L’auteur a clairement un message à faire passer, et la trame qu’il choisit pour cela donne au final une lecture que j’ai beaucoup aimée, et que je conseille vivement, malgré cette petite réserve sur les fameuses « photos mystères ».
Au final, il me semble y avoir deux moyens de comprendre ce livre, selon qu’on y voit la Vie avec un grand V (celui qui est utilisé dans le titre) ou qu’on s’attache plutôt au fait que « vie silencieuse » est aussi la traduction littérale de « Still life », qui désigne les natures mortes en histoire de l’Art. Peut-être que chaque lecteur comprendra le message au prisme de sa propre vision. Dans tous les cas, cela mérite la réflexion.

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